Retour à Kimihurura from Marembo

Written in French by Dorcy Rugamba

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Ma famille a disparu en un seul jour, ça n’a duré que trois quarts d’heure, c’était le sept avril mille neuf cent quatre vingt quatorze à dix heures du matin. La météo n’annonçait aucun cyclone, les coucous chantaient, les volcans se taisaient, le Nil dormait tranquillement dans son lit. Nous vivions depuis des générations sur une terre généreuse, notre unique infortune en cette fin du vingtième siècle aura été d’y côtoyer des hommes instruits.

Il pleuvait ce matin là sur la colline de Kimihurura. Il faisait beau malgré tout, comme tous les matin sur les hauteurs de Kigali. La pluie allait cesser et le soleil revenir et avec lui la vie et les présents du ciel sans doute. Mais non. Ce matin maudit, l’astre solaire que dévoilaient les nuages n’annonçait ni les premières récoltes ni la transhumance des bovins vers les eaux salées du nord mais la pâque par le feu et par le sang, la fameuse moisson du Dieu de la miséricorde éternelle. Au terme de cents jours d’agonie, le Rwanda, terre de beauté et de poésie, allait être planté sur le Golgotha, le lieu dit du crâne ! A Kimihurura, des hommes en armes attendaient sur notre véranda que cesse la pluie pour se jeter à bras raccourcis sur mes frères, mes sœurs, ma mère, mon père, ils l’avaient dit, prédit, ils l’ont fait ; ils ont osé !

[…]

Le génocide pour les survivants est irréductible à un chiffre, aussi impressionnant soit-il, pour avoir emporté unetelle et untel dans l’entourage immédiat, proche et lointain, dans tous les cercles de vie qui se sont vidés des dizaines, des centaines, des milliers de fois d’un être unique. Et pour les avoir connus, nous ne pouvons vivre sans eux car ils sont le monde dans lequel nous avons grandis et vécus depuis toujours, le seul monde que nous ayons jamais connus auparavant. Leur disparition constituait bel et bien la fin du monde.

La mort en soi n’est pas en cause, elle est inscrite dans la vie, elle fait partie du contrat, c’est le dernier article qui assure la relève entre les générations pour que se pérennise la vie. Mais d’habitude un homme s’éteint son tour venu et s’en va seul laissant derrière lui les vivants occuper sa place. Ici les hommes sont partis en masse, presque tous, laissant derrière eux, ici et là, une femme, un enfant, un jeune homme, une vieille personne, un être nu, interdit, seul dans un désert n’ayant ni le courage de les rejoindre et de clore l’histoire ni la capacité de remplacer les absents car il ne saurait remplir la terre de sa maigre personne. S’il y a bien quelqu’un d’incongru, c’est cet être sans attaches, sans amarres, surpris d’être là, forcément intrus parmi les vivants parce qu’il appartient à un passé révolu auquel il ne peut renoncer mais qui pourtant ne reviendra jamais. Peut-être nous faudrait-il renaître, redébarquer encore une fois sur terre bleus et tout frais. Nous réapprendrions alors à marcher comme au premier jour. Nous pourrions alors redécouvrir le monde et sa poésie, nous jetterions un regard neuf sur les fleuves et les falaises sans imaginer un seul instant qu’on puisse y précipiter des enfants, nous verrions amusés la houe qui sarcle les champs ou la serpe qui taille les prés et ces outils bucoliques n’éveilleraient rien d’autre en nous sinon la saveur des fruits de la terre. Ce serait magnifique de revivre un été et le temps des premiers amours, nous irions parmi les hommes sans crainte car rien ne nous interdirait de les croire sur parole. Mais qui serait capable d’un tel oubli ?

Les acteurs de théâtre savent combien il est triste parfois de retrouver les planches nus, les costumes pendants et le décor déserté dans lequel ils ont enterré malgré eux un personnage auquel ils commençaient à s’habituer, à aimer, à s’identifier. Cependant l’acteur, chrysalide éphémère, s’il s’éteint tragiquement tous les soirs de dernière, un nouveau cocon l’attend. Celui qui meurt sur le trône de Titus, ressuscite ailleurs sous les traits de Méphisto, novice, tout excité comme un puceau car il vit tous les soirs de première, une véritable première fois. La réalité, elle, vous colle un seul personnage qui vous suivra sur toute la pièce et qu’elle soit comique ou tragique, vous n’aurez qu’un rôle tout le long. Le rôle de votre vie, le rôle d’une vie. On s’étonne de voir les survivants d’un génocide fuir parfois à jamais les lieux de leur naissance, leurs maisons, leurs collines, leur pays de toujours. Quoi de plus naturel. Le plus éprouvant n’est peut- être pas de visiter les sites mémoriaux où les ossements sont entassés en monticules imposants, ça c’est une autre histoire ou du moins un autre acte mais de reprendre en silence le sentier qui menait chez soi, désormais nulle part, ça c’est la même histoire, le même acte, avili. Pour certains, nous avons fui au loin, très loin emportant pour seul bagage le souvenir et la hantise de nos foyers d’hier, chauds, peuplés, remplis de rires et de jeux. Quelle misère de les revoir muets, mangés par la solitude et le chiendent. Je suis retourné chez moi sur la colline de Kimihurura deux ans après le génocide. Les murs semblaient surpris de me voir, le perron s’étirait comme une longue langue rouge sortant du salon comme si la maison toute entière mimait la mort. Ce perron rouge d’où s’élançait jadis Ginny dans mon cou. Loin de ces briques désolées, il m’aurait suffi de fermer les yeux et sentir courir dans ma nuque sa main menue, de serrer contre moi sa frêle poitrine qui jouait du tambour sur mon cœur et vivre l’éclipse des temps, Ginny contre moi, Ginny mon pays, mon continent, là, derrière les paupières je te love ma tendre sœur, tu ne peux mourir, je ne peux, tu le sais, vivre sans toi.

A Kimihurura, sur cette scène désertée, tout me tient tête, à commencer par ce maudit perron qui s’est prostitué à d’autres pieds, à d’autres sauts sans perdre son lustre. Tout concours à me réveiller, on me chuchote, je ne sais pas qui, mais les murs reprennent en écho, oui, oui, va dans les chambres à coucher et regarde toi-même, les lits ne sont pas faits, il n’y a pas de lits, personne ne dort ici. Va jusqu’au fond de la cour derrière, tends bien l’oreille, il n’y a personne. Oui, c’est ça, accroche toi si ça te chante sur le parapet, lorgne chez les voisins, regarde bien, il n’y a personne. D’accord, d’accord maudites ruines, il n’y a personne, mais ce que vous ne comprenez pas, c’est que je ne puis renaître. Je ne puis rebondir si ce n’est de ce vide. Ils ne peuvent ne pas être et moi être. Je dois émerger de cette absence et remplir l’espace de toute ma carapace ou me débrancher et débarrasser le plancher des autres. Si ce passé là est révolu, ça tombe bien, moi aussi je suis un homme dépassé qui tient un langage suranné, considérez ce que je dis comme un conte mais considérez-le.

Mes parents étaient des choinchoins, des chwangnongno, des haaaa, mes petites sœurs, des sikoya, le plus jeune de mes frères, un sakayonde. Nous formions une famille de slurps, quatre chwams, six youfs et les deux zé. Nous étions complètement abwawawa les uns des autres ! Voilà toute la vérité. Je voudrais être plus clair et plus complet, je n’y arriverai pas, croyez-moi. Aussi riche que puissent être les langues, je ne trouverai jamais de mots assez pleins pour les ressusciter. Seuls les babils de mes premiers pas possédaient encore assez de saveur et de salive pour laisser traîner un peu de vie sur les mots. Seulement, même babiller, je n’en suis plus capable. Si je fouille ma mémoire pour en extraire des vies c’est moins pour entretenir un quelconque espoir que pour apprivoiser le présent. Il me faudra bien tôt ou tard être d’aujourd’hui, aussi. C’est enfin une occasion de solder un vieux compte avec Zeus, Yahvé, Allah ou Dieu le Père si vous préférez et j’en aurais fini avec le ciel.

Published December 9, 2016
Excerpted from Marembo, previously published by Editions Dati’mbeti (2005), and revised by the author in 2014
© 2014 Dorcy Rugamba

 

Ritorno a Kimihurura from Marembo

Written in French by Dorcy Rugamba


Tradotto in italiano da Daniela Marina Rossi

La mia famiglia è scomparsa in un solo giorno, è successo tutto in tre quarti d’ora. Era il sette aprile mille novecento novanta quattro alle dieci del mattino. Non erano previsti cicloni, i cuculi cantavano, i vulcani tacevano, il Nilo dormiva tranquillo nel suo letto. Da infinite generazioni abitavamo una terra generosa. La nostra unica sventura, in quello scorcio finale del ventesimo secolo, ci sopraggiunse dal convivere con uomini ideologizzati.

Quel mattino pioveva sulla collina di Kimihurura, ma il tempo era bello lo stesso e come ogni mattino sulle alture di Kigali avrebbe smesso di piovere e il sole sarebbe tornato portando con sé la vita e i doni del cielo. Invece no. Quel maledetto mattino, nello scostare il velo di nubi, l’astro del giorno non annunciò i primi raccolti e nemmeno la transumanza dei bovini verso le acque salate del nord, bensì la pasqua nel fuoco e nel sangue, la celebre mietitura del Dio della misericordia eterna. Al termine di cento giorni di agonia il Ruanda, terra d’incanto e di poesia, sarebbe stato trafitto sul Golgota, il luogo del teschio. A Kimihurura, sotto la veranda di casa nostra, diversi uomini armati aspettarono che smettesse di piovere per scagliarsi sulla mia famiglia e massacrare i miei fratelli, le mie sorelle, mio padre e mia madre. L’avevano detto, predetto, e l’hanno fatto, l’hanno osato.

[…]

Per i superstiti, il genocidio non può essere ridotto a un numero, seppure impressionante, perché ogni singolo individuo è stato strappato non soltanto dalla sua cerchia più stretta, vicina e lontana, ma anche da tutte le altre cerchie di vita in cui quell’essere unico è venuto a mancare per decine, centinaia, migliaia di volte. E noi che abbiamo conosciuto le vittime, non possiamo vivere senza di loro, perché erano il mondo in cui da sempre siamo cresciuti e invecchiati, l’unico mondo che fino ad allora avevamo conosciuto. La loro scomparsa rappresentava davvero la fine del mondo.

La morte di per sé non c’entra, fa parte del gioco, è l’ultimo articolo del contratto che garantisce il ricambio tra le generazioni e perpetua la vita. Ma un uomo dovrebbe spegnersi quando arriva il suo turno e andarsene da solo, lasciando i suoi vivi a occuparne il posto. Qui invece gli uomini se ne sono andati in massa, quasi tutti, lasciando qua e là una donna, un bambino, un giovane, un vecchio, un essere spoglio, sconcertato e solo in un deserto, che non ha il coraggio di raggiungerli per chiudere la storia, che non ha neppure la capacità di sostituire gli assenti perché il suo corpo scarno non può certo riempire la terra. Non c’è persona tanto sconveniente quanto quell’essere senza legami, senza ormeggi, sorpreso di esistere, intruso forzato tra i vivi perché appartiene a un passato compiuto cui non può rinunciare ma che non tornerà mai più. Forse dovremmo rinascere, sbarcare un’altra volta sulla terra e cominciare tutto da capo, imparare di nuovo a camminare, riscoprire il mondo e la sua poesia, gettare uno sguardo nuovo su fiumi e falesie senza mai immaginare, nemmeno per un istante, di farvi precipitare dei bambini. Solo così riusciremmo a osservare con gioia la zappa che sarchia i campi o la roncola che falcia i prati e quegli strumenti bucolici risveglierebbero in noi soltanto il sapore dei frutti della terra. Sarebbe magnifico rivivere un’estate, le stagioni dei primi amori, cammineremmo tra gli uomini senza timore, perché nulla ci impedirebbe di fidarci di loro. Ma chi riuscirà mai a raggiungere un simile oblio?

Gli attori di teatro sanno quanto sia triste a volte ritrovare le scene spoglie, i costumi appesi e il palcoscenico disertato dove, seppure a malincuore, hanno sepolto un personaggio che avevano cominciato ad amare, cui si erano abituati e con cui si erano persino identificati. Ma l’attore è una crisalide effimera, ogni sera può spegnersi tragicamente perché un nuovo bozzolo è già pronto ad attenderlo. Chi muore sul trono di Tito resuscita altrove nei panni di Mefisto, eccitato come un vergine novizio, perché ogni sera torna in vita come la prima volta, ed è un’autentica prima volta. La realtà invece ti incolla a un unico personaggio che ti segue fino in fondo al dramma e, sia esso comico o tragico, avrai un solo ruolo, per tutto il tempo. Il ruolo della tua vita, il ruolo di una vita. Ci si meraviglia nel vedere i superstiti di un genocidio rifuggire, a volte per sempre, dai luoghi natii, dalle loro case, dalle loro colline, dal loro paese di sempre. Niente di più naturale. Visitare i siti della memoria, in cui le ossa sono ammassate in cumuli imponenti, non è la cosa più faticosa, perché fa parte di un’altra storia, di un altro atto, ma riprendere in silenzio il sentiero che portava a casa tua, quella casa che ormai non è più da nessuna parte, questa sì che è la stessa storia, lo stesso atto, avvilente. Secondo alcuni, siamo fuggiti lontano, molto lontano, portando come unico bagaglio il ricordo e l’ossessione dei nostri focolari di ieri, caldi, popolati, echeggianti di scherzi e di risate. Che desolazione rivederli muti, divorati dalla solitudine e dalle erbacce. Sono tornato a casa mia sulla collina di Kimihurura due anni dopo il genocidio. Le pareti sembravano sorprese di vedermi, la scalinata si dispiegava come una lunga lingua rossa che fuoriusciva dalla sala, l’intera casa sembrava mimare la morte. La scalinata rossa da cui un tempo Ginny mi si gettava al collo. Lontano da quei miseri mattoni, mi sarebbe bastato chiudere gli occhi per sentire la sua mano minuta scorrermi sulla nuca, il suo petto fragile stringersi al mio e risuonare come un tamburo sul mio cuore, e vivere l’eclissi dei tempi, Ginny stretta a me, Ginny il mio paese, il mio continente, là, dietro le palpebre ti amo mia tenera sorella, tu non puoi morire e io, lo sai, non posso vivere senza di te.

A Kimihurura, su quel palcoscenico disertato, è tutto un affronto per me, a cominciare da quella scalinata maledetta che si è prostituita ad altri piedi, ad altri salti, senza perdere il suo lustro. Tutto concorre a risvegliarmi, qualcuno, non so chi, mi sussurra qualcosa che riecheggia tra le pareti, sì, sì, va nelle stanze da letto e guarda tu stesso, i letti non sono rifatti, non ci sono letti, non ci dorme nessuno. Va’ fino in fondo al cortile sul retro, tendi bene l’orecchio, non c’è nessuno. Sì, proprio così, sporgiti dal parapetto se vuoi, e osserva la casa dei vicini, guarda bene, non c’è nessuno. Bene, d’accordo, maledette rovine, non c’è nessuno, ma quello che non capite è che io non posso rinascere. Non posso rialzarmi se non da questo vuoto. Non posso io essere e loro non essere. Devo emergere da quest’assenza e riempire lo spazio con tutta la mia corazza oppure staccare la spina e togliermi dai piedi. Se quel passato è trascorso, bene, allora anch’io sono un uomo superato con una lingua desueta, considerate la mia storia come un racconto, ma consideratela.

I miei genitori erano degli sciùsciù, degli gnuagnògnò, degli haaa, le mie sorelline erano fenicotteli e il più piccolo dei miei fratelli era un aqilotto. La nostra era una famiglia di slurp, quattro pupette, sei marmocchi e due signóli. Eravamo assolutamente ammammolati gli uni degli altri. È questa la verità. Vorrei poter essere più chiaro ed esauriente, ma non ci riuscirei, credetemi. Per quanto ricche possano essere le lingue, non troverei mai parole così complete per riportarli in vita. Solo la mia lallazione di neonato avrebbe ancora sapore e saliva a sufficienza da trascinare un po’ di vita sulla punta della lingua. Peccato che io non sia più capace di questa lallazione. Se scavo nella memoria per estrarne delle vite, non lo faccio per alimentare qualche speranza, ma per ammansire il presente. Dovrò pur viverci, prima o poi, nel presente. Alla fine, sarà un’occasione per saldare un vecchio conto con Zeus, Jahvè, Allah o Dio Padre che dir si voglia, e a questo punto col cielo avrei anche finito.

Published December 9, 2016
Tratto da Marembo, Edizioni Casagrande, Bellinzona 2016
© 2014 Dorcy Rugamba
© 2016 Edizioni Casagrande

Rückkehr nach Kimihurura from Marembo

Written in French by Dorcy Rugamba


Übersetzt ins Deutsche von Eva Ermatinger

Meine Familie ist an einem einzigen Tag verschwunden, nur eine Dreiviertelstunde hat es gedauert, es war der siebte April neunzehnhundertvierundneunzig um zehn Uhr morgens. Es waren keine Wirbelstürme angesagt, die Kuckucke sangen, die Vulkane schwiegen, der Nil schlief friedlich in seinem Bett. Seit Generationen bewohnten wir fruchtbares Land, unser einziges Pech gegen Ende dieses zwanzigsten Jahrhunderts war, hier Seite an Seite mit indoktrinierten Menschen gelebt zu haben.

An diesem Morgen regnete es auf dem Hügel von Kimihurura. Trotzdem war es schön, wie an jedem Morgen auf den Anhöhen von Kigali. Der Regen würde aufhören und die Sonne wiederkehren und mit ihr das Leben und die Geschenke des Himmels. Aber nein. An diesem verfluchten Morgen kündete die Sonne, die hinter den Wolken zum Vorschein kam, weder von den ersten Ernten noch vom Viehtrieb an die salzigen Gewässer im Norden, nein, sie kündete von Ostern durch Feuer und Blut, der großen Ernte des ewig barmherzigen Gottes. Nach hundert Tagen der Agonie würde Ruanda, Land der Anmut, Land der Poesie, auf die Schädelstätte Golgatha versetzt sein. In Kimihurura warteten bewaffnete Männer auf unserer Veranda, bis der Regen aufhörte, um sich auf meine Brüder, meine Schwestern, meine Mutter, meinen Vater zu stürzen; sie hatten es gesagt, angesagt, und sie haben es getan, sie haben es gewagt!

[…]

Der Genozid ist für die Überlebenden nicht auf eine Zahl reduzierbar, so beeindruckend sie auch sein mag, da er Freunde und Bekannte, Menschen aus allen Lebensbereichen auf einen Schlag zu Dutzenden, Hunderten, Tausenden fortgerissen hat. Und weil wir sie gekannt haben, können wir ohne sie nicht leben, denn sie sind die Welt, in der wir groß geworden sind und schon immer gelebt haben, die einzige Welt, die wir je gekannt haben. Ihr Verschwinden bedeutete tatsächlich das Ende der Welt.

Der Tod an sich steht außer Frage, er ist dem Leben eingeschrieben, als letzter Paragraph des Vertrags, der die Ablösung der Generationen sichert, damit das Leben Bestand haben kann. Doch normalerweise stirbt ein Mensch erst dann, wenn seine Zeit gekommen ist, er geht allein und hinterlässt Lebende, die seinen Platz einnehmen. In diesem Fall sind die Menschen hingegen fast alle gegangen, verschwunden, und haben hier eine Frau, dort ein Kind zurückgelassen, einen jungen Mann oder einen Greis, nackt, verstört, allein in der Wüste, nicht mutig genug, den Anderen zu folgen und die Geschichte zu beenden, aber auch nicht fähig, die Abwesenden zu ersetzen, denn wie sollte er mit seinem mageren Körper die Erde ausfüllen. Wer könnte stärker aus dem Rahmen fallen als dieses Wesen ohne Bindungen, ohne Ankerleinen, das selbst über sein Dasein staunt und unter den Lebenden zwangsläufig ein ungebetener Gast bleibt, weil es einer längst vergangenen Zeit angehört, von der es sich nicht lossagen kann, obwohl sie auf immer verloren ist. Vielleicht müssten wir wiedergeboren werden, die Erde ein zweites Mal betreten, ahnungslos und ganz frisch. So lernten wir wieder gehen wie am ersten Tag. Wir entdeckten die Welt und ihre Poesie von Neuem, würden einen unbefangenen Blick auf die Flüsse und die Felsen werfen, ohne einen Gedanken daran, dass man hier auch Kinder in den Abgrund stürzen kann, wir schauten vergnügt der Hacke beim Jäten und der Sense beim Grasmähen zu, und diese ländlichen Werkzeuge riefen in uns nichts anderes wach als den Geschmack der Feldfrüchte. Es wäre wundervoll, noch einmal einen Sommer und die Zeit der ersten Liebe zu erleben, wir bewegten uns ohne Furcht unter den Menschen, denn wir könnten ihnen ohne Weiteres vertrauen. Aber wer wäre eines solchen Vergessens fähig?

Ein Schauspieler weiss, wie traurig der Anblick einer leeren Bühne mit abgelegten Kostümen und verwaisten Kulissen sein kann, nachdem er eine Figur begraben musste, die ihm allmählich ans Herz gewachsen war, eine Figur, mit der er sich zu identifizieren begonnen hatte. Aber der Schauspieler verpuppt sich für den Augenblick, und auch wenn er am Abend der letzten Aufführung den tragischen Heldentod stirbt, erwartet ihn stets ein neuer Kokon. Er kann sterben auf Titus Thron und als Mephisto auferstehen, so aufgeregt wie ein Neuling, erlebt er doch an jedem Premierenabend ein wahres erstes Mal. Die Realität hingegen teilt uns eine Figur zu, die das ganze Stück über an uns klebt, ob komisch oder tragisch, eine andere Rolle ist für uns nicht vorgesehen. Die Rolle deines Lebens, eines Lebens. Dass die Überlebenden eines Genozids manchmal für immer vor ihren Geburtsorten, ihren Häusern, ihren Hügeln, ihrer ehemaligen Heimat fliehen, sorgt für Erstaunen. Dabei ist es mehr als verständlich. Das Bedrückendste ist nicht unbedingt, die Erinnerungsstätten zu besuchen, wo die Knochen zu imposanten Bergen aufgeschichtet sind, das ist eine andere Geschichte oder zumindest ein anderer Akt, sondern schweigend den Weg wieder aufzunehmen, der früher nach Hause führte und nun ins Nichts, das ist die gleiche Geschichte, der gleiche Akt, nur entweiht. Einige von uns sind weit weg geflohen, sehr weit, im Gepäck einzig die drängende Erinnerung an unser einstiges Zuhause voller Wärme, Leben und Menschen, voller Freude und Lachen. Was für ein Elend, es totenstill vorzufinden, zerfressen von Einsamkeit und Unkraut. Zwei Jahre nach dem Genozid bin ich nach Hause zurückgekehrt, auf die Hügel von Kimihurura. Die Mauern schienen überrascht, mich zu sehen, die Außentreppe streckte sich wie eine lange rote Zunge aus dem Wohnzimmer, als mimte das ganze Haus den Tod. Dieselbe rote Treppe, von der mir einst Ginny um den Hals fiel. Fern dieser trostlosen Backsteine hätte ich nur die Augen schließen müssen, um ihre winzige Hand an meinem Nacken zu spüren, ihre zierliche Brust an mich zu drücken, ein Trommelwirbel auf meinem Herzen, und die Aufhebung der Zeit zu erleben, mit Ginny in meinen Armen, Ginny mein Zuhause, mein Kontinent, da, hinter meinen Augenlidern halte ich dich, meine zarte Schwester, du kannst doch nicht sterben, Ginny, ich kann nicht leben ohne dich.

In Kimihurura, auf dieser verlassenen Bühne, wendet sich alles gegen mich, angefangen bei dieser verfluchten Treppe, die sich für andere Füße, für andere Sprünge hergegeben hat, ohne ihren Glanz einzubüßen. Alles drängt dazu, mich zu wecken, man raunt mir zu, ich weiss nicht wer, aber die Mauern nehmen das Echo auf, ja, ja, geh doch in die Schlafzimmer und sieh selbst, die Betten sind nicht gemacht, da gibt es keine Betten, niemand schläft hier. Geh durch den Hinterhof, spitz die Ohren, es ist niemand da. Ja genau, lehn dich doch übers Geländer und schiel hinüber zu den Nachbarn, sieh genau hin, da ist niemand. Ok, ok, ihr verdammten Ruinen, es ist niemand da, aber ihr versteht eines nicht: Ich kann nicht wiedergeboren werden. Wenn überhaupt, kann ich mich nur aus dieser Leere wieder aufrappeln. Meine Anwesenheit und ihre Abwesenheit, das geht nicht zusammen. Entweder tauche ich aus dieser Leere auf und fülle den Raum so gut ich kann mit meiner Rüstung oder ich löse mich auf und räume die Bühne der anderen. Wenn diese Vergangenheit wirklich vorbei ist, dann trifft sich das gut, denn auch mich hat die Zeit überholt, ich spreche eine veraltete Sprache, ihr könnt meine Worte als Märchen betrachten, aber hört genau hin.

Meine Eltern waren Schoinschoins, Schwanogno, Haaaa, meine kleinen Schwestern Sikoya, der kleinste meiner Brüder ein Sakayonde. Alle gemeinsam waren wir eine Familie von Slorps, vier Schwams, sechs Yufs und die beiden Zee. Und alle waren wir völlig abwawawa voneinander! Das ist die ganze Wahrheit. Ich wäre gerne klarer, ausführlicher, aber das schaffe ich einfach nicht. So reich die Sprachen auch sein mögen, ich werde nie Wörter finden, die anschaulich genug sind, um sie wieder zum Leben zu erwecken. Höchstens mein Gebrabbel als Kleinkind war noch klangvoll und saftig genug, um den Wörtern ein wenig Leben einzuhauchen. Aber ich kann nicht mal mehr brabbeln. Wenn ich mein Gedächtnis nach Leben durchforste, geht es weniger darum, irgendeine vage Hoffnung aufrechtzuerhalten, sondern vielmehr darum, mit der Gegenwart fertigzuwerden. Denn früher oder später werde ich auch im Heute leben müssen. Außerdem ist es die Gelegenheit, eine alte Rechnung mit Zeus, Jahwe, Allah oder meinetwegen dem lieben Gott zu begleichen – und dann bin ich quitt mit dem Himmel.

Published December 9, 2016
© 2014 Dorcy Rugamba
© 2016 Specimen


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Twenty years after the Rwandan genocide, Marembo, the book by Dorcy Rugamba from which “Back to Kimihurura” is taken, emerges as one of the most telling reports of what really happened. Unlike most accounts of the genocide, there are no historical reconstructions or political and sociological analyses in this book. It is simply the story of the author’s family that was decimated on the morning of April 7, 1994. In spite of the atrocities, Rugamba succeeds in giving us a luminous tale of familial love, a powerful meditation on culture and spirituality, as well as an antidote to the “culture of death” that haunts are age.

Sono passati oltre vent’anni dal genocidio ruandese, ma Marembo, il breve libro di Dorcy Rugamba da cui è tratto “Ritorno a Kimihurura”, ci appare oggi come una delle più autentiche testimonianze di ciò che allora è realmente accaduto. Non vi si trovano ricostruzioni storiche, analisi politiche o sociologiche, ma più semplicemente la vita di una famiglia, quella dell’autore, sterminata la mattina del 7 aprile 1994. Attraverso la storia sua e dei suoi cari, Rugamba ci offre uno splendido racconto di vita, una meditazione di rara forza sugli affetti famigliari, la cultura, la spiritualità e, di riflesso, un antidoto alle “pulsioni di morte” che continuano a dominare la nostra epoca.


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